Salut les metalleux !
Göteborg, suite et fin. A deux reprises déjà nous avons eu le loisir d'évoquer le triptyque infernal du sud de la Suède, qui a définitivement changé la face de la musique metal au début des années 1990. Il est maintenant temps d'achever le cycle dans un grand feu d'artifice avec le death scandinave d'In Flames, probablement le représentant le plus populaire du Götebord Sound, en écoutant leur dernier album au bas de la chronique !
Nous avions vu avec At the Gates et Dark Tranquillity que le death mélodique était né d'une volonté d'insuffler une puissance harmonique à la brutalité du death metal américain. In Flames nait de la démarche inverse : en 1990, Jesper Strömblad, un jeune musicien et inconditionnel d'Iron Maiden, décide de monter un projet capable d'apporter un aspect brutal, tyique des musiques extrêmes, au caractère mélodique de la New Wave of British Heavy Metal.
Après avoir composé rien moins que les parties de batterie, de guitare et de clavier de trois morceaux (avec l'aide d'Anders Iwers, qui quittera néanmoins vite l'aventure pour se consacrer à sa propre formation, Ceremonial Oath), il fait appel à Johan Larsson à la basse, à Glenn Ljungström à la guitare rythmique, et emprunte à Dark Tranquillity son guitariste Mickael Stanne pour s'occuper du micro. Ce dernier fait ainsi ses premières armes au chant sur une première démo autofinancée en 1993 ("Démo '93"), puis sur le premier véritable album du groupe, "Lunar Strain", paru sous un label local en avril 1994. Le groupe y délaisse son premier logo vraisemblablement pompé sur celui de Morbid Angel, et Jesper reste visiblement seul maître à bord du vaisseau ; ce dont témoigne l'omniprésence des lignes de guitare lead au fil des pistes. Et c'est ce qui fait, dès le début, la patte d'In Flames : des riffs accrocheurs comme jamais, empruntés à Maiden et à Judas Priest, à la fois rapides, techniques et épiques ; et si l'agressivité du chant hurlé de Stanne donne un côté death à l'ensemble, le nombre de soli et de ponts acoustiques donne l'impression d'un hommage réussi à la puissance des années 1980. Fort du succès local de ce premier album (ainsi que d'un EP autoproduit en 1994, "Subterranean"), la formation part en tournée dans toute la Suède accompagnés de leurs frères d'arme de Dark Tranquillity ; et bien que Stanne décide rapidement de se consacrer à son propre groupe, In Flames récupère en 1995 son chanteur attitré, Anders Fridén, qui ne quittera dès lors plus l'aventure. Pour assurer les parties de batterie, Jesper demande aussi de manière officielle à Björn Gelotte, ami du groupe, d'intégrer la formation.
C'est avec Anders et Björn qu'In Flames accouche en 1996 de leur premier chef-d'œuvre, celui par qui tout fan de death scandinave devrait découvrir leur discographie, j'ai nommé "The Jesper Race". Utilisant une dernière fois le logo initial du groupe, le disque est le premier du groupe à être produit par Nuclear Blast, ce qui lui assure à la fois une excellente production et une diffusion massive. Il se distingue de Lunar Strain par sa démesure : à la fois plus épique, plus mélodique, plus instrumental que son prédécesseur, il se structure de dix pistes aux arrangements de guitare véritablement novateurs, la structure rythmique étant volontairement mise en retrait de manière à mettre l'accent sur le jeu de Strömblad. Et très vite, du fait du caractère moins brutal et plus mélodique de l'album, The Jesper Race s'ouvre à un public plus large et se démocratise dans toute l'Europe. Il signe ainsi la consécration du groupe sur le continent, qui part en tournée dans un premier temps avec Blackseed et Evereve (tournée de laquelle sera issue en 1996 une VHS pour les nostalgiques, "Live & Plugged"), mais qui lui permet surtout de participer à la tournée internationale de Kreator la même année.
Le troisième album du groupe, Whoracle, sorti en 1997, reçoit un accueil plus mitigé. S'il conserve des éléments mélodiques propres à l'univers du groupe, il joue sur des tempi plus lents, des atmosphères plus lourdes, proches du black metal mélodique parfois (ce que peut expliquer la grande proximité de Jesper avec les musiciens de Samaël, groupe de black Suisse rencontré en tournée) ; et si l'ensemble reste cohérent, il ne permet pas aux guitares de dévoiler l'étendue de leur vélocité ainsi que le faisaient ses prédécesseurs. Glenn Ljungström et Johan Larsson quittent alors le quintet, et son remplacés respectivement par Niclas Engelin à la guitare et Peter Iwers (frère d'Anders, mentionné au début de la chronique) à la basse. C'est sous cette forme que le groupe partira en tournée accompagné de Dimmu Borgir (véritable groupe de black mélodique celui-ci), mais la sauce ne prend pas pour Niclas : il décide à son tour de partir en 1998. Björn délaisse ainsi la batterie pour récuperer le poste de guitariste, et laisse ses futs à Daniel Svensson : In Flames est alors composé d'un line up stable qui semble fait pour durer ! Elle signera en tout cas deux albums successifs à un rythme remarquable : "Colony" en 1999, puis "Clayman" en 2000. La machine est magnifiquement rôdée, et si le groupe s'éloigne du death scandinave de ses débuts pour y apporter des éléments de Groove et de Thrash moderne (qui ne sont pas sans rappeler Machine Head), ce n'est que pour mieux démocratiser sa musique auprès du public étranger. Sur Clayman, Anders tente même un apport du chant clair, qui annoncera le prochain album.
Et nous arrivons en 2002 à l'une des (sinon LA) pierre angulaire de la discographie d'In Flames : "Reroute to Remain". Il est difficile aujourd'hui de se représenter le traumatisme que fut cet album pour les fans de death scandinave, qui suivaient attention la carrière du groupe depuis ses débuts ; traumatisme qui agit dès la chanson éponyme en ouverture de l'album : Reroute to Remain nous propose en effet dès le début des samples de clavier électronique, auxquels viennent s'ajouter des guitares lourdes et thrashisantes, ainsi que des chœurs de chant clair qui contribueront à ouvrir la voie à toute la vague du metalcore moderne. Et c'est principalement ce qui renverse complètement l'atmosphère d'In Flames dans cet album : le chant clair d'Anders y prédomine, les instruments mélodiques semblent servir de trame de fond (à l'exception du clavier de Strömblad, qui vient remplacer la fureur de sa six-cordes). Et si l'album est beaucoup plus accessible que ses prédécesseurs, il tourne définitivement la page du death rageur de ses débuts, lorsque les années 1990 avaient encore le rêve d'associer la mélodie du Heavy metal à la sauvagerie des musiques extrêmes. Trois singles seront tirés de l'album, qui assureront sa promotion à l'échelle mondiale. Mais c'est principalement avec son successeur, "Soundtrack to your Escape", paru en 2004, que la nouvelle patte de la formation rencontre le succès escompté : le disque se classe dans le top 10 des charts suédois et américain, et rencontre un gros succès commercial. Il poursuit la démarche musicale entreprise avec Reroute to Remain, avec notamment l'ajout de samples éléctroniques, qui rappellent parfois l'ambiance du néo-metal d'un Korn (The Quiet Place). In Flames accède ainsi aux scènes principales de grands festivals tels que l'édition 2005 du Ozzfest, et fait son trou parmi les grands.
Février 2006. Le groupe avait perdu ses fans (et, soyons honnête, en avait gagné beaucoup d'autres) avec ses deux albums précédents : il s'apprête à les reconquérir avec le plus gros succès du groupe, aujourd'hui présenté comme son grand classique : "Come Clarity". En tout point, l'album se présente comme la fusion parfaite de la brutalité des débuts et de la modernité des albums récents du quintet. Grâce à des morceaux agressifs, où la batterie se montre plus incisive que jamais (Take this Life, Pacing Death's Trail qui renoue avec les débuts du groupe, Scream qui annonce d'ores et déjà le deathcore moderne de groupes tels que Suicide Silence...), In Flames prouve qu'il en a encore sous le capot ; mais il ne délaisse pas pour autant ses ambitions lyriques et mélodiques (Leeches, Come Clarity). Et si l'album assure une telle cohérence a partir d'univers a priori distincts, c'est en grande partie grâce au chant d'Anders Fridén, parfaitement maitrisé sur cet album : du parler torturé au scream le plus violent, en passant par le chant clair plantif et mélancolique, le disque met véritablement l'accent sur les talents de son chanteur, pour la première fois dans sa discographie. Alors certes, In Flames est passé entre temps du statut de pionnier du death mélodique à celui de référence incontournable du metalcore moderne, genre honni par les puristes s'il en est ; mais Come Clarity donne l'impression d'être l'album que le groupe s'évertuait à faire depuis la genèse de Reroute to Remain, sans jamais y parvenir : c'est désormais chose faite, réjouissons nous.
Suite à la parution de cet album, la formation reprend la route pour deux ans de tournée internationale, dont la célèbre Unholy Alliance II lors de laquelle nos amis scandinaves partagent l'affiche avec Lamb of God, Gojira, Children of Bodom et Slayer. Je regretterai toute ma vie d'avoir été trop jeune pour y assister. Puis elle reprend le chemin du studio pour sortir, en avril 2008, "A Sense of Purpose", leur neuvième album. S'il apparait dans la continuité de Come Clarity, on regrettera néanmoins une production plus lisse et plus sèche, tendant à faire du disque un ensemble homogène autant que répétitif, ainsi qu'un manque de prise de risque de la part de Strömblad après la variété dont pouvait témoigner le dernier album en date. Et pour cause, le maître d'In Flames ne va pas bien. En février 2009, un communiqué du groupe est publié, qui annonce un départ provisoire de leur guitariste et leader de manière à lui permettre de traiter ses problèmes d'alcool. Il est ainsi remplacé pour la tournée à venir par Niclas Engelin, qui avait déjà fait une apparition au sein du groupe en 1997. Mais le départ provisoire se révèle un an plus tard définitif : en février 2010, le groupe annonce que l'état de santé de Jesper ne lui permet pas de continuer l'aventure. Ils s'offrent ainsi un retour aux sources en enregistrant dans les studios de Göteborg ce qui deviendra leur dixième album à l'été 2011 : "Sounds of a Playground Fading". L'album est remarquablement maitrisé, et opère un retour surprenant à la prédominance de la guitare, au vu de l'absence de Strömblad. Mais il y manque la magie et l'efficacité des riffs du maître, et l'album se révèle, après plusieurs écoutes, excessivement linéaire.
Depuis, Jesper est en guerre contre le groupe, et a fondé en 2013 The Resistance, son propre projet musical. Et le groupe nous revient en 2014 avec "Siren Charms", leur dernier album en date. Eh bien, qu'en penser ? Premièrement, que la "Strömblad touch" a définitivement disparu, au vu du manque de soli apparaissant dans l'album. Deuxièmement, qu'In Flames sait rester le maître du metalcore moderne, dont il a pleinement vampirisé les codes : l'album est parsemé de breakdowns furieux, d'arythmies, auxquelles succèdent des mélodies plus accrocheuses que jamais, proches d'une progression pop. Et à ce titre, Siren Charms annonce un énième tournant dans la discographie du groupe, de l'ordre d'un Reroute ro Remain ou d'un Come Clarity : les suédois emmènent leur son plus loin dans la modernité qu'ils ne l'y avaient poussé par le passé, osent davantage d'arrangements que les amateurs décriront comme ingénieux, que d'autres décrieront comme tape-à-l'œil : mais il est clair que l'album est un pari risqué dans leur carrière, qui ne saurait laisser personne indifférent. Là ou "Sounds of a Playground Fading" pouvait apparaitre comme un coup d'épée dans l'eau, les sirènes témoignent de l'évolution d'un groupe qui se trouve plus qu'il ne se cherche, en l'absence de son éminence grise.
La musique d'In Flames se compose donc de deux esthétiques distinctes : véritables pionniers du death scandinave, leur musique se compose bien souvent d'un chant hurlé aigu et agressif, jonglant avec de nombreux riffs et soli de guitare qui ont forgé la réputation du groupe il y a de ça vingt ans déjà, et qui permettaient une musique à la fois technique, épique et sauvage. Mais le groupe apparait davantage aujourd'hui comme un pionnier du metalcore moderne, à l'instar d'un Machine Head ou d'un Soilwork, qui grâce à une alternance de screams et de chant clair, ainsi que grâce aux nappes de clavier soulignant les rythmiques de batterie aux breakdowns furieux, ramène la brutalité du death vers une atmosphère plus accessible, plus accrocheuse ; ce qui en a fait aujourd'hui le roi du metal de Göteborg.
Avis aux fans de death melodique, et avis aux fans de metal moderne : si vous aimez At the Gates, Soilwork ou Dark Tranquillity, In Flames est le groupe de référence à ne pas rater sur les mainstages : et leur nouvel album, une fois porté sur les planches, pourrait bien vous surprendre...
| Pays | Suède |
| Année de formation | 1990 |
| Distribution | Nuclear Blast, Epic Records |
| Membres |
Ander Fridén (Chant) Niclas Engelin (Guitare) Björn Gelotte (Guitare) Peter Iwer (Basse) Daniel Svensson (Batterie |




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