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Hellband #74 Bölzer

Publié le 16 Février 2015 par William Casasola in Black métal, Death, psyché, Suisse, Altar, Vendredi 19 Juin, Hellfest, 2015, hellbands

Hellband #74 Bölzer
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Hellband #74 Bölzer

Salut les metalleux !

 

Nous sommes en février 2015. Depuis déjà une semaine, les banques Suisses font les gros titres de tous les journaux télévisés. Mon banquier, lui, pourtant non-Suisse et que je salue, continue de me faire les gros yeux (allez savoir...). Ajoutons au contexte qu'entre Celtic Frost, Eluveitie, Samael et j'en passe, la confédération a toujours su pourvoir les groupes parmi les plus novateurs des musiques extrêmes auprès des oreilles avides des metalheads aux aguets, et il n'en faut pas davantage pour me convaincre de vous amener fissa en territoire helvète. D'autant plus quand le dernier rejeton du pays transalpin, après une entrée fracassante au Fall of Summer Festival et une invasion en règle de l'hexagone, nous fait cette année l'honneur de délivrer son blackened death psyché' au possible sous les ténèbres de l'Altar. Nous sommes en février 2015, et nous ne pouvions pas ne pas vous parler de cet incroyable duo qu'est Bölzer. Un groupe dont vous n'avez pas fini d'entendre parler.

Zürich, fin 2008. Un batteur chevelu, HzR (de son vrai nom Fabien Wyrsch), et un chanteur barbu, KzR (aussi appelé Okoi Jones), se retrouvent au bar de ce dernier, comparent leurs nombreux, très nombreux tatouages, et se décident à monter un groupe de metal apte à sonner "lourd", capable d'envoyer "un gros pain d'énergie chaotique dans la gueule" (sic.). KzR, armé de sa guitare B.C. Rich aux dix-cordes, débute ainsi un travail acharné de composition, et convie son comparse à y apposer ses parties de batterie de manière à pouvoir jouer dans les divers pubs de la ville. Le binôme attire ainsi une horde de curieux, et commence à se faire un succès d'estime sur la scène locale. Le groupe joue fort, joue bien, le spectacle est intense et primitif : de quoi faire parler la scène metal underground.

Il faudra néanmoins attendre 2012 pour que soit pressée une première démo en indépendant, "Roman Acupuncture", qui ne bénéficie néanmoins d'aucune distribution et parait donc dans l'indifférence quasi-générale (erreur qui sera rattrapée avec le succès du second opus). On y retrouve cependant tous les éléments qui fondent la musique, inqualifiable, de Bölzer : Un mur de son lourd et épais, des nappes de guitare hypnotiques à l'atmosphère proche du black metal le plus sombre, une vitesse d'exécution et des breaks typiquement death, un mélange de voix gutturale puissante et de plainte torturée évoquant parfois les lignes de chant d'Urfaust, des textes alliant références mythologiques et mysticisme le plus ésotérique, et surtout ce je-ne-sais-quoi de différent, ces lignes mélodiques psychédéliques, inattendues, faisant parfois penser à du Sludge, à l'univers de Kylesa et des premiers Mastodon.

Oscillant ainsi entre Black, Death, Doom, Sludge et Avant-Garde, le duo nous propose une musique semblable à aucune autre, qui accroche rapidement l'oreille d'Iron Bonehead Productions. Le label leur propose ainsi la distribution et la promotion de leur second opus, qui allait marquer le succès international de Bölzer l'année suivante : "Aura". Doté d'un son plus épais, de huit minutes supplémentaires (ce qui n'est pas rien au vu de la densité des compositions du 'sieur Jones), et de structures mélodiques plus riches et moins directement orientées vers un black metal traditionnel, l'EP se dissocie de son prédécesseur Pour nous offrir vingt-trois minutes de délire sombre et halluciné. Et dès l'entrée de Coronal Mass Ejaculation, le ton est donné : KzR hurle ses lamentations et son désespoir, avant que d'haranguer l'auditeur d'un grawl guttural surpuissant. Sur Entranced of the Wolfshook néanmoins (pièce maitresse de la formation), la musique se fait plus subtile, passé le larsen d'ouverture, avec des harmonies orientales à la guitare qui, quoique noyées dans le mur de son et peinant à ressortir des cris désespérés, y apportent une atmosphère lugubre et psychédélique ; le tout entrecoupé de hurlements lupins propres à nous faire voyager au plus profond  de la nuit des forêts alpines. L'EP se conclut sur une dernière piste longue et progressive, The Great Unifier, un déferlement de rage entrecoupé d'un passage doom d'une puissance ahurissante. Une réussite totale, qui justifie pleinement le succès et la notoriété qu'apporta cet opus.

Moins d'un an plus tard, en aout 2014, et après avoir donné quelques concerts en Europe, Bölzer remet le couvert avec un second EP deux-titres, "Soma". EP de la consécration s'il en est, Soma semble fonctionner en miroir de l'opus précédent, de l'aveu même de son compositeur : Aura était solaire, puissant, masculin ; Soma sera dédié à la lune, hypnotique, féminin. Et bien que la puissance de l'entrée en matière sur Steppes laisse penser le contraire (l'EP bénéficie de la qualité de production d'Invictus, et dispose donc d'un son plus net, moins boueux et plus tranchant que sur Aura), tant la puissance et la vitesse des syncopes évoque un death metal furieux des premières heures, façon Possessed, la composition s'envole rapidement vers une montée en puissance planante au possible, avant que d'aboutir à l'un des riffs de guitare les plus audacieux et atmosphériques que le groupe ait jamais composé, souligné par une batterie mid-tempo d'une lourdeur pachydermique. Une ambiance inédite, qu'on ne saura peut-être trouver que dans l'écurie des Acteurs de L'Ombre (Regarde les Hommes Tomber en tête de cortège).

La seconde piste, Labyrinthian Graves, longue de plus de douze minutes, continue d'instaurer l'atmosphère ésotérique proposée sur Steppes, passant tour à tour de parties doomy et atmosphériques à des passages plus rageurs, avec toujours cette science du riff hypnotique, lancinant, capable de faire mouche au premier instant. Ainsi, si l'on peut regretter sur cet opus un manque de variété au niveau du chant de KzR, qui apportait une richesse supplémentaire à Aura, les compositions restent d'une originalité et d'une qualité assez incroyables. Quelques jours après, Bölzer fera sa première apparition sur le territoire français à l'occasion du Fall of Summer Festival (la suite on la connait, pas vrai Jimmy ?), où il fera l'unanimité et proposera d'entrée de jeu l'un des temps forts de la première édition grâce à un set physique et sans fioriture (d'aucuns parleront du charisme de KzR digne d'un Jim Morrison moderne). L'Hexagone était conquise, et n'allait pas tarder à succomber à l'assaut des helvètes. Pour les franciliens, une mise en jambe avant le Hellfest est d'ailleurs prévue pour le 23 au Divan du Monde.

 

Finalement, comment définir clairement une musique aussi unique et originale que celle de Bölzer ? C'est le renouveau d'un black metal torturé et lancinant, que l'on retrouve dans les nappes de guitare hypnotiques et dans les cris désespérés de KzR ; mais c'est aussi un hommage aux premières heures du death metal, celui de Possessed et de Morbid Angel, tant par la qualité des riffs souvent enchaînés avec une rapidité d'execution remarquable que par la puissance du grawl abyssal du chanteur. Ce savant mélange de blackened death s'agrémente toutefois de passages graves et puissants à l'ambiance clairement doom, soulignés par une batterie à la lourdeur impressionnante ; et de sonorités harmoniques tantôt psychédéliques, tantôt orientales, tantôt venues d'outre-monde, évoquant par touches le sludge barré de Kylesa, de Mastodon et de Neurosis, pour mieux faire rentrer l'auditeur dans un autre monde.

 

Avis à la population : fraichement débarqués sur le territoire hexagonal, les suisses de Bölzer proposent une musique d'une intensité peu commune, réussit à exploser toutes les barrières, et à s'en sortir avec les honneurs. Le groupe est particulièrement réputé pour la puissance de leurs représentations scéniques : rater celle du Hellfest, le vendredi sous l'Altar, relèverait presque de la faute de gout. Vous êtes prévenus.

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Hellband #74 Bölzer
Pays Suisse
Année de formation 2008
Distribution Iron Bonehead, Invictus
Membres

KzR (Guitare, Chant)

HzR (Batterie)

 

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