Salut les Metalleu(ses)x !
Aujourd'hui, ma tâche est simple : vous donner envie de (re-)découvrir Envy ! Bon, la blague pourrie est faite alors on va pouvoir se concentrer sur ce groupe japonais qui a d'abord sublimé le genre Screamo avant de s'orienter vers des influences plus Post-Rock. Depuis plus de 20 ans, cette formation à fleur de peau enflamme les plus exigeants en confrontant violemment la lumière céleste éblouissante aux profondeurs sombres et déchirantes ! Si vous n'êtes pas convaincu(e)s, je vous invite à écouter la playlist YouTube disponible à la fin de cette chronique avant de voir se produire sous la Valley ce Big-Bang émotionnel.
L'aventure commence dès 1992 avec trois amis de lycées, Tetsuya Fukagawa (Chant, Clavier/Programmation), Manabu Nakagawa (Basse) et Nobukata Kawai (Guitare) qui rêvent de sortir un disque, de monter sur scène et de voyager. Il faut attendre 1995 pour que le trio concrétise ses espoirs en fondant officiellement Envy, dont le nom proviendrait du hasard (On connaît tous la technique du dictionnaire que l'on ouvre à n'importe quelle page avant de prendre le nom figurant tout en haut). C'est en juin 1996 que la formation sort son premier EP au Japon avec la participation de Yusuke Katch à la batterie, en collaboration avec le label japonais H. G. Fact, spécialisé dans le Hardcore et le Noise qui suivra le groupe jusqu'en 2001. Les 9 titres du vinyle Breathing And Dying In This Place ne dépassent pas les 17 minutes et oscillent majoritairement entre Hardcore et Punk, le tout avec des textes en Japonais.
En mars 1997, Envy apparaît sur une compilation, No Fate Vol. 3, double CD regroupant des groupes de Hardcore, Punk et Grindcore comme S.O.D. et Agatocles, avant de sortir son premier Split avec Sixpence, qui contribue à l'un des trois morceaux de l'opus. La formation connaît un premier changement de Line-Up puisque Kato prend la relève derrière les tomes sur les titres "Guilt" et "Castle Of Lies" qui marquent déjà un tournant musical, le son prenant des teintes de Post-Hardcore. Dès le mois de mai, sort un deuxième disque partagé, cette fois-ci en collaboration avec le groupe de Hardcore Endeavor, formation engagée, active entre le milieu et la fin des années 90. Ce 7", enregistré dans les studios On Air Shinjuku, compte 4 titres, dont deux de notre quatuor japonais, "Cape Of Despair" et "This Self-Crusaders".
Rejoint début 1998 par Dairoku Seki (Batterie) et Masahiro Tobita (Guitare), le quintet ne connaîtra plus de changement de Line-Up et sortira au Japon dès le mois d'août son premier album From Here to Eternity. Cet effort longue-durée constitue une progression logique par rapport aux sorties précédentes puisqu'il apporte plus de substance en incorporant des influences Emo et Post-Hardcore. La critique accueille l'opus positivement même si elle regrette la durée parfois trop courte des morceaux, donnant une impression d'empressement (et qui diminue l'intensité du côté épique que j'affectionne tout particulièrement et qui fait aussi que cet album, à mon sens, n'est pas encore représentatif du son caractéristique d'Envy). Les 11 titres constituent tout de même un excellent prélude avec notamment des morceaux expérimentaux qui cassent le côté parfois lisse comme "Limitation", dont les riffs de guitares très propres sont répétés jusqu'à ce qu'une succession de bruits brutaux viennent interrompre la mélodie entêtante.
En juillet 1999 sort au Japon le second EP d'Envy, Angel's Curse Whispered in the Edge of Despair, composé de 5 titres enregistrés dès le mois de mai dans les Studios Take. Quelques mois après, en avril 2000, le groupe sort un troisième Single "A Red Wound Picture" en partageant un vinyle intitulé A Split Seven Inch avec This Machine Kills. Dans la foulée sort le troisième Extended Play, The Eyes of Final Proof dont les trois titres, "Testimony To The Existence", "The End Of Memories" et "Awaken Eyes" seront ajoutés à "Echo Regenerates" et "An Encyclopedia Of The Unification" pour constituer The Eyes of a Single Eared Prophet, sorti au Japon en juillet 2000 toujours avec le même label.
C'est au cours de cette même année 2000 qu'un premier opus sera distribué en France par Molaire Industries (label ayant collaboré avec Knut, devenu depuis 2002 Waiting For An Angel) sous le nom de Burning Out the Memories et regroupant 6 titres déjà sortis au Japon (2 sur l'EP Angel's Curse Whispered in the Edge of Despair, 2 sur l'EP The Eyes of a Single Eared Prophet ainsi que 2 figurant sur l'album From Here To Eternity). L'année suivante, en juin 2001, Envy fera distribuer à l'occasion d'un concert au Japon, 600 copies d'un vinyle intitulé Last Wish 7", afin de faire patienter les fans jusqu'à la sortie d'un second Full-Length qui comprendra d'ailleurs les 2 morceaux "Left Hand" et "A Cage It Falls Into" présentés en avant-première sur ce sixième EP.
Il faut donc attendre septembre 2001 pour que le quintet ne délivre son second album All The Footprints You've Ever Left And The Fear Expecting Ahead distribué pour la dernière fois par H. G. Fact au Japon, mais qui dès le mois de novembre fera également l'objet d'une distribution aux États-Unis par Dim Mark, label californien fondé en 1996 et en France par Molaire Industries. Cet opus méconnu sera pourtant unanimement accueilli par la critique, inscrivant le groupe dans l'éternité et lui ouvrant ainsi les portes d'une première tournée européenne passant en France et notamment à Nantes, où le chanteur s'est mis à défoncer le plafond à grands coups de micros devant la masse compacte que constituait la foule qui s'était déplacée pour assister à l’événement.
Envy entrera de nouveau en studio dès le mois d'avril 2002 afin d'enregistrer son quatrième Split aux côtés d'Iscariote, groupe de Hardcore suisse actif entre 2000 et 2004 et qui contribue à trois des cinq titres. Le vinyle, intitulé Our Dreams Walking Their Way – Chapter One sera distribué en France par Waiting for an Angel et PurePainSugar (qui collabore déjà avec Iscariote), Sonzai Records au Japon (qui prend donc le relais de H. G. Fact et qui est toujours le label du groupe) et Level Plane Records aux États-Unis (label fondé à New-York en 1997 et qui collaborera avec des groupes Emo, de Post-Hardcore et d'Ambient comme Sinaloa avant de cesser d'exister en 2009). Les deux titres proposés par Envy seront produits par Daichi Takasugi, qui prendra la place de troisième guitariste au sein de la formation lors de l'enregistrement du 3 Ways Split réalisé suite à la tournée No Sleep Til Jaguchi qui réunit en 2002 Yaphet Kotto, groupe de Screamo californien actif entre 1997 et 2005 ainsi que This Machine Kills et Envy. Ce cinquième enregistrement partagé, A Collaboration Of Songs comporte 3 titres inédits de chacune des formations ainsi qu'un travail collectif sur le morceau éponyme.
C'est en août 2003 que sortira le troisième album du groupe A Dead Sinking Story, toujours distribué par Level Plane Records aux US mais pour la première fois en Europe par Rock Action Records, label fondé à Glasgow par les mecs de Mogwai et collaborant avec seulement 6 groupes. Ce nouvel opus est enregistré dans les Studios Bazooka au Japan Institute à Tokyo en compagnie du troisième guitariste, Daichi Takasugi qui participera également à la tournée, avant de quitter définitivement la formation. Je ne peux que vous conseiller d'écouter attentivement les 9 morceaux qui constituent pour moi un chef d’œuvre de perfection tant les émotions sont prenantes, intenses et ce malgré une durée d'environ une heure et des textes toujours en japonais. Je ne suis d'ailleurs pas la seule puisque cet album a fait l'objet d'un accueil unanimement positif, notamment sur AllMusic.
En février 2005, Envy s'offre le luxe de sortir une compilation Compiled Fragments 1997-2003 comprenant presque l'intégralité des titres sortis sur les 5 Splits précédents ainsi que la piste présente sur la compil No Fate Vol.3, deux titres Live et un morceau inédit. Quelques mois plus tard, le quintet japonais embrasera la scène de la Velvet, la plus petite salle de l'édition 2005 du Fury Fest (pour ceux, s'il y en a, qui ne savent pas, le Fury Fest est le prédécesseur du Hellfest, créé en 2000 à Clisson et qui s'est déroulé tous les ans jusqu'à ce que des promoteurs sans scrupule ne partent avec la recette et ne coulent définitivement le projet) aux côtés de groupes tels que Neurosis, Cult of Luna ou encore Behemoth.
Suite à sa prestation mémorable, des rumeurs circulent sur la possible collaboration du groupe avec le fameux label Relapse mais il n'en sera finalement rien puisque dès le début de l'année suivante, le quintet enregistre dans les Studios Bazookas son quatrième album, disponible dès l'hiver 2006 toujours auprès de Sonzai Records, Temporary Residence Limited (label new-yorkais, fondé initialement à Baltimore en 1995, travaillant notamment avec The Black Heart Procession, Eluvium et Mono et qui prend donc le relais de Level Plane Records pour la distribution aux US) et Rock Action Records. Insomniac Doze, décrit comme étant plus atmosphérique et épique, est constitué de 7 morceaux pour un total inférieur à une heure, proposant un mélange cohérent de Hardcore Punk et de Screamo, et toujours agrémenté d'éléments Post-Rock (notamment les Spoken Words) qui ne raviront pas les fans de la première heure, préférant la rage tempétueuse aux influences éthérées (qui donnent pourtant à mon sens, tout son relief à Envy et c'est aussi l'alternance des genres qui permet de mieux apprécier les caractéristiques de chacun).
L'année suivante, en novembre 2007 paraîtra ce qui reste aujourd'hui le septième et dernier Extended-Play d'Envy, intitulé Abyssal, s'inscrivant parfaitement dans la lignée de l'opus précédent dans son approche Screamo aux influences Post-Hardcore. Les 4 titres enregistrés au printemps 2007 sont distribués avec un livret comprenant les paroles en japonais et en anglais. C'est au cours de cette même année 2007 que sort au Japon, le DVD Transfovista (qui sera disponible aux États-Unis, en avril 2008 avec Temporary Residence Limited) qui retrace l'univers musical au travers de 17 titres mis en valeur grâce à deux heures d'images prises à l'occasion des différentes tournées, ce qui peut-être déroutant car car il n'y a aucune info ou bio sur le groupe, pas de sous-titres mais bien une intensité parfois brutale, comparable à l'explosion violente du tonnerre annonçant un orage déchaîné, entre deux passages calmes, lumineux et mélodiques.
2008 sera de nouveau une année importante puisque ce sera l'occasion pour Envy de revenir en France, notamment comme tête d'affiche de la Discovery Stage lors de la troisième journée du Hellfest (aux côtés de Cavalera Conspiracy, In Flames ou encore Motörhead) avant de sortir successivement 2 Splits. Le premier, disponible avec les label Daymare (label japonais collaborant avec Code Orange et Touche Amore par exemple) et Conspiracy Records (qui permettait la distribution et l'organisation de concerts notamment en Belgique pour des formations de Punk, Metal, Sludge, Doom...) dès le mois de juillet, réunit le quintet japonais et Jesu, groupe expérimental fondé en 2003 par Justin Broadrick suite à la dissolution de Godflesch en 2002 et avant sa reformation en 2010 (Jesu est également le nom de la dernière chanson du dernier opus de la formation, Hymns). Il faudra cependant attendre juillet 2009 pour que ce sixième EP partagé soit dispo aux US avec Hydra Head Records, qui en profitera d'ailleurs pour sortir une édition double en septembre 2009.
Le dernier Split qui réunit Thursday, groupe de Post-Hardcore fondé dans le New Jersey en 1997, et Envy sort en septembre 2008 uniquement en pack contenant un vinyle 12" et un CD avec Temporary Residence Records. Cet opus, composé de 3 titres, a fait l'objet d'une ré-édition sous forme de cassettes en 500 exemplaires, disponibles uniquement sur la boutique en ligne du label indépendant Academy Fight Song, label américain existant depuis 2005. C'est également courant 2008 que Temporary, la maison de disque ricaine actuelle du groupe, ré-édite A Dead Sinking Story, Compiled Fragments 1997-2003 ainsi que All The Footprints You've Ever Left And The Fear Expecting Ahead, qui fait également l'objet d'une réédition en Europe avec Rock Action Records.
En février 2010, Envy fera un passage dans Tracks sur Arte lors d'une émission consacrée à la grande famille du Punk, le groupe incarnant les représentants du Screamo. Quelques mois plus tard, en septembre 2010 sortira le cinquième album du quintet japonais, Recitations, qui sera disponible dès octobre en France. Cet opus est souvent décrit comme plus abouti que ces prédécesseurs en raison du mélange parfaitement équilibré entre les 3 influences majeures de la formation, à savoir le Screamo, le Punk Hardcore et le Post-Rock. En juillet 2011, le groupe sort un morceau intitulé "As Serenity calls your Name" dont les bénéfices récoltés grâce aux téléchargements ont été reversés aux victimes de la catastrophe de Fukushima, accident nucléaire majeur qui a eu lieu le 11 mars 2011 au Japon. En 2013, à l'occasion du 20ème anniversaire de la fondation de Envy, le groupe organise une tournée de 9 dates au Japon et son label américain en profite pour ré-éditer l'intégrale de sa discographie sous la forme d'un Boxset intitulé Invariable Will, Recurring Ebbs And Flows, contenant notamment 14 LP et 2 DVD ainsi qu'un livret de 100 pages. Avis aux amateurs, le coffret n'est pas donné mais c'est un bel investissement retraçant l'intégralité de leur parcours !
La dernière chose à aborder reste bien sûr le style d'ENVY ! Ce n'est pas quelque chose de simple étant donné que la carrière du groupe s'étale sur plus de 20 ans et que malgré une grande stabilité en terme de Line-Up, la musique a évolué au gré du temps, passant d'un Punk Hardcore à un Post-Hardcore teinté d'Emo avant d'insuffler des éléments Post-Rock à un Screamo qu'ils ont révolutionné et largement contribué à populariser. Pour être précis et exhaustif, il faudrait certainement passer en revue chaque opus sorti mais ce serait ennuyeux à mon avis et enlèverait largement de sa magie à l'évolution pourtant logique de ce groupe qui a su mûrir sans renier ses influences d'origine. Ceux qui connaissent Envy le savent en tout cas, l'expérience musicale qui ressort ne serait-ce que d'une écoute d'un album studio ne laisse pas indifférent. Ceux qui, comme moi, sont (parfois) sensibles au genre ne me démentiront pas, c'est bien une grosse claque dans la tronche que la voix du chanteur nous met lorsqu'il monte en puissance et hurle son désarroi et son mal-être avec pourtant une telle aisance vocale et ce sans jamais que l'on comprenne ce qu'il raconte puisqu'il chante en japonais (et moi, le japonais, je ne connais pas !). Les Spoken Words n'enlèvent d'ailleurs rien de l'intensité émotionnelle que Tetsuya arrive à transmettre, et ce malgré le temps qui a légèrement abîmé son grain de voix, devenu plus rocailleux. Le trio formé par la fusion des guitares et de la basse nous transportent et nous font frissonner grâce aux arpèges, tels des envolées éblouissantes révélant des mélodies cristallines en alternance avec des passages tout en saturation brutale et énervée. La batterie, dont la maîtrise est empreinte d'une technicité métronomique explose parfois brutalement au point de me faire imaginer qu'elle se couvre d'ecchymoses mais sait aussi se montrer discrète laissant place à des rythmiques plus calmes et plus travaillées. On notera sur certains morceaux l'apparition de voix féminines, renforçant le côté aérien et planants, tout comme les nappes de synthé qui viennent lier le tout. Si on peut qualifier certains passages d'Ambient, ce n'est pas de la musique d'ambiance mais bien du gros son à écouter, digérer et décortiquer pour en apprécier la richesse.
Difficile de comparer le son d'ENVY à celui de n'importe quelle formation même si je le recommanderai aux amateurs d'Aereogramme et de Tool notamment mais surtout à tous ceux en mal de sensation musicale intense. D'ailleurs, pour leur deuxième participation, le quintet japonais mérite que je vous donne personnellement rendez-vous vendredi 19 juin pour l'un des temps forts de la Valley car ce groupe, pour moi complètement mythique (aussi du fait que je n'ai jamais eu l'occasion de les voir) promet une envolée vers des émotions flamboyantes et passionnées !
| Pays : | Japon |
| Année de formation: | 1992 |
| Distribution : | Sonzai Records, Temporary Residence Ltd, Rock Action Records |
| Membres : |
Tetsuya Fukagawa (Chant, Clavier/Programmation) Nobukata Kawai (Guitare) Masahiro Tobita (Guitare) Manabu Nakagawa (Basse) Dairoku Seki (Batterie) |




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