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Hellband #39 Korn

Publié le 1 Janvier 2015 par William Casasola in hellbands, Nu Metal, USA, Légendes, Hellfest, 2015, Mainstage 01, Dimanche 21 Juin

Hellband #39 Korn
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Hellband #39 Korn

Salut les metalleux !

 

Le Néo-Metal a mauvaise presse, inutile de le nier. Qu'est-ce que c'était en effet, dans les années 1990, que ces jeunes cons mal fagotés, que leur semblant de jeu de guitare simpliste, que leur chant rappé simiesque, que leur arrivisme rampant ? Après tout, le metalhead sortait à peine des eighties, de ses guitar heroes et de ses envolées lyriques, d'une période bénie ou technicité rimait avec qualité. Pour ceux-ci, le néo-metal fut un choc. Et puis il y a eu les autres, ceux qui sont entrés dans les musiques extrêmes en découvrant ces jeunes groupes. Ceux pour qui un Slipknot, un Deftones ou un Limp Bizkit étaient devenues des légendes cultes, au même titre qu'un Motörhead ou qu'un Iron Maiden. Et au commencement de ce grand renouvellement, en 1992, il y a eu Korn.

Alors aujourd'hui frères humains, je vous propose avec cette rétrospective de briser un peu ces préjugés. Donnons le change à cette mauvaise presse, et à son néo-bashing facile. Et surtout ouvrons grand nos oreilles sur une compilation des meilleurs morceaux de Korn, le groupe par qui tout a commencé ; et qui n'a pas eu besoin d'attendre sa carte vermeille pour faire partie, à son tour, des légendes de la musique metal !

Hellband #39 Korn
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Californie, 1992. Le groupe L.A.P.D., armé de son punk thrashisant, périclite après seulement trois ans d'existence. Ses membres fondateurs, le guitariste James Shaffer (dit Munky), le bassiste Reginald Arvizu (dit Fieldy) et le batteur David Silveria avaient pourtant tenté d'enrayer sa chute en embauchant un second guitariste en 1991, le talentueux Brian Welch (surnommé Head, en raison de ses imposants dreadlocks), un ami de longue date de Munky ; mais rien n'y fait, et le désormais quatuor décide de mettre un terme au groupe en licenciant son vocaliste.

Ecumant les pubs de Bakersfield à la recherche d'un chanteur, ils finissent par tomber sur une prestation de Sex Art, groupe noisy dans lequel chante le jeune Jonathan Davis (qui, quoiqu'étant son homonyme, n'a rien à voir avec le guitariste de Conan). Nos amis désœuvrés restent scotchés par son jeu de scène torturé et par son charisme malsain, et lui proposent un bout d'essai sur l'une des compositions du quatuor, Alive, chose qu'il finit par accepter. L'improvisation étant concluante, Jon Davis se décide à intégrer le groupe de manière permanente. Korn était né.

Grâce au répertoire composé par la section instrumentale du groupe pendant qu'ils étaient en recherche d'un chanteur, Korn multiplie les scènes à Bakersfield et aux alentours. Il se fait rapidement remarquer par ses performances théâtrales et impressionnantes, lors desquelles le jeune Davis semble littéralement possédé : à la manière d'un Maynard James Keenan, qui vit pleinement chacune de ses prestations comme un voyage émotionnel, il en vient souvent à se rouler par terre, poussant des hurlements de dément, avant de finir prostré dans le fond de la scène. Cette atmosphère malsaine et dérangée taille une solide réputation scénique au groupe, si bien qu'il fait en 1993 une rencontre cruciale : Ross Robinson, jeune producteur reconnu pour avoir produit les premiers Machine Head et Fear Factory (et qui produira deux ans plus tard le premier album de Slipknot : ça, messieurs dames, c'est ce qu'on appelle du flair), tombe par hasard sur l'une de leurs performances live. Littéralement tombé à la renverse, il se propose de leur produire une première démo ("Niedereyer's Mind", rapidement mise en boite) et de la relayer auprès de différents labels ; si bien qu'Immortal Records, importante filiale de Sony BMG axée sur les musiques extrêmes, se montre très intéressée et donne carte blanche à Ross Robinson pour la production et l'enregistrement de leur premier album.

Ainsi, lorsque sort en 1994 "Korn", leur premier album éponyme, le disque est un véritable météore dans la sphère du metal. Parce qu'il aborde des thèmes dérangeants, la sexualité, la maltraitance des enfants, la dépendance aux drogues, et va jusqu'à suggérer un viol sur mineur sur la pochette du disque. Météore parce qu'il bénéficie d'un son et d'une distribution irréprochables grâce à son label, chose alors rare pour un premier opus, ce qui tend à le diffuser massivement et à le démocratiser auprès du public. Mais météore surtout, parce que la musique qui y est composée ne ressemble alors à rien de connu, et suscite une véritable curiosité pour l'univers du groupe en mettant le pied à l'étrier de toute la mouvance néo-metal. Si bien qu'aujourd'hui, l'album est considéré par beaucoup comme le père fondateur du style. Et la musique, simple à première vue, reflète avec perfection le malaise apporté par les thèmes développés plus haut : Jon Davis y est véritablement habité, alternant entre une voix claire susurrée et malsaine (Clown, Shoots & Ladders dans laquelle il s'illustre à la...cornemuse), des gémissements, hurlements et pleurs déchirants (Daddy et sa complainte s'étalant sur plus de neuf minutes, et dont l'intro témoigne néanmoins de ses capacités vocales), et des screams graves et puissants suintant la haine (Blind). Cette atmosphère de malaise permanent est renforcée par les lignes de guitare sept-cordes droppées (soit accordées un ton en dessous de la normale), graves, lentes et hypnotiques ; tandis que la section rythmique, principalement portée par le son de basse omniprésent de Fieldy (à base de slap et de cordes détendues à l'extrême, rendant un son très percutant proche d'une corde à linge), donne à la foule une  irrésistible envie de jumper en rythme sur les passages les plus violents. La jeunesse américaine s'approprie vite le disque, elle qui y voit un reflet de son propre malaise adolescent ; et permet au premier opus de la formation de devenir disque d'or. Ainsi, de la fusion était né un nouveau style populaire, jouant à la fois sur les émotions et sur le caractère primitif et tribal des rythmiques. Et ce style, le néo-metal, avait trouvé avec Korn sa principale figure de proue.

Fort de ce succès, la formation part en tournée accompagnée de grands noms tels que Biohazard, House of Pain ou encore Sepultura, et assume les premières parties de Megadeth et de Marilyn Manson. Puis revient le temps pour le groupe de retourner en studio. Le quintet recontacte Ross Robinson, qui vient de finir le lancement du premier Slipknot, et compose l'album qui sera celui de la confirmation en octobre 1996 : "Life is Peachy". Si l'album apparait d'emblée comme étant moins direct et plus maîtrisé que son prédécesseur, il porte néanmoins beaucoup plus loin la démarche du groupe : plus sombre en effet que ne l'était Korn, Life is Peachy est une introspection de Jon Davis dans laquelle il se confronte à ses vieux démons : le rejet des autres, le viol, ou encore sa belle-mère sadique avec qui il règle ses comptes dans la terrible ballade "Kill You" (aux accents pseudo-pop dégénérée qui n'est pas sans évoquer le shoegaze du sublime Loveless de My Bloody Valentine, sorti quelques années plus tôt). Et la musique de l'album, elle aussi, se fait plus sombre que jamais : démarrant sur le riff de guitare dissonant au possible de Twist, sur lequel Jon Davis hurle des borborygmes incompréhensibles proche de la démence, l'album ne prend pas une seule fois le temps de ménager l'oreille de l'auditeur. pas même sur la plus accessible A.D.I.D.A.S. (acronyme de "All Day I Dream About Sex"), marquée par des lignes de guitares lourdes et dépressives, qui deviendra le premier single du disque (et qui vaudra au groupe ses premières accusations de mercantilisme : le quintet se présente en effet sur scène affublé de survêtements signés de la célèbre marque de sport, en référence au tube de leur second album, mise en scène mal perçue par une partie du public).

Korn est désormais connu sur la scène internationale, mais commence également à subir ses premières critiques. Le groupe est accusé de se rapprocher d'une mouvance hip-hop étrangère au metal, et de se rapprocher du show-business en mettant en avant des marques de fringues. A plus d'un titre, le troisième album du groupe, "Follow the Leader", sorti en 1998, semble répondre à ces critiques par un gros Fuck. D'abord parce que Korn remercie Ross Robinson pour le remplacer par Steve Thompson, et s'y affirme effectivement comme proche des groupes de hip-hop de la côte ouest (on y retrouve trois featurings : "Children of the Korn" avec Ice Cube, "All in the Family" avec Fred Durst de Limp Bizkit, et "Cameltosis" avec Tre Hardson de The Pharcyte. L'utilisation de samples renvoie également aux sonorités hip-hop du milieu des années 1990). Ensuite, parce que le titre Follow the Leader, présenté comme une critique de la manipulation des masses, est également perçu comme une provocation mégalomane de la part du groupe, qui se voit en leader incontesté de la scène Néo-metal. Enfin, parce que l'album délaisse temporairement la rage brutale des deux premiers albums pour instaurer davantage d'atmosphères, donnant parfois un son proche de l'ambiant à certaines compositions (Freak on a Leash), principalement dû à la mainmise de Head sur les compositions de l'album. Ainsi, par de nombreux aspects, Follow the Leader rompt avec les débuts de la discographie de Korn, et déroute les fans de la première heure. Il deviendra néanmoins rapidement le plus grand succès du groupe, ce qu'il est encore aujourd'hui (avec près de quatorze millions d'exemplaires vendus). Le public, comme souvent, se nourrit du paradoxe.

Après avoir lancé une tournée internationale, "The Family Values Tour", accompagné de Limp Bizkit, Rammstein ou encore Incubus, dans le but de promouvoir la nouvelle scène metal aux quatre coins du monde, les californiens se montrent extrêmement productifs et sortent un an plus tard, en novembre 1999, "Issues", leur quatrième album. Et si Issues délaisse le parti-pris hip-hop entamé avec Follow the Leader, il se montre également beaucoup plus accessible : au niveau des sonorités, les guitares cleans sont beaucoup plus utilisées, et apparaissent moins dissonantes que par le passé (Let's get the party Started, Falling Away from Me et ses arpèges envoutants...) ; et l'album regorge de tubes à la structure pop qui, bien qu'obéissant toujours à l'esthétique malsaine et torturée des mélodies kornesques, ne cherchent plus à dérouter l'auditeur (Trash, Make me Bad, Somebody Someone). Si l'album fait preuve de moins d'originalité que son prédécesseur, il semble aussi plus homogène et mieux construit, ce qui en fait le second grand succès du groupe ; si bien qu'à l'aube du troisième millénaire, rares sont les jeunes metalheads à n'avoir pas la galette orange négligemment déposée sur le bureau de leur piaule. Korn est au sommet de sa gloire, et semble s'obstiner à y rester.

Hellband #39 KornHellband #39 Korn
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Malheureusement, les premiers problèmes viennent mettre un frein à la carrière du groupe. David Silveria, atteint de problèmes nerveux au bras gauche au cours de la tournée consacrée à Issues, ne peut plus marteler ses futs durant deux longues années ("I Fuckin' Hit too Loud" expliquera-t-il délicatement aux journalistes venus l'interroger sur son état de santé). Les quatre membres restants s'enferment alors en studio durant deux ans, ne donnant que peu de nouvelles au monde extérieur. Et c'est dans ce studio que des tensions commencent à apparaître : le perfectionnisme de Jon Davis, qui confine parfois au despotisme, commence à agacer Head qui de son côté commence à sombrer dans les paradis artificiels. Ainsi, la date de sortie de l'album, attendu par tous, est repoussée plusieurs fois ; le groupe parle de son enregistrement comme d'un véritable enfer, long et pénible, qui s'accompagne d'un gouffre à fric monumental ; mais en juin 2002 finit tout de même par sortir "Untouchables". Le disque, travaillé à l'extrême grâce aux nouvelles technologies d'enregistrement, permet de restituer l'intégralité des fréquences dédiées à chaque instrument : ce qui bénéficie principalement aux guitares, dotées d'un son aux basses parfaites, ce qui donne une toute autre ampleur à la profondeur des lignes mélodiques (l'ouverture de l'album, sur Here to Stay et ses nappes de sept-cordes, fait ainsi presque penser à du doom caverneux et démoniaque, élément qu'on retrouve également sur Embrace). L'album propose ainsi un retour franc et massif au son metal qui a fait sa renommée au début des années 1990, mêlé toutefois à de nombreux samples et retouches numériques qui évoquent l'influence new-wave chère à Jon Davis (Make Believe, Blame et son chant déformé par les reverbs et autres flangers ajoutés en postproduction...). Avec Untouchables, Korn déroute véritablement son public, expérimente à coup de batterie triggée, d'effets numériques, de samples electro, de références new-wave, trip-hop, doom, se fait imprévisible souvent, surprenant toujours ; Et s'il est l'un des albums les plus révérés du groupe par la critique, son accueil par le public restera néanmoins mitigé. Une œuvre complexe, dédiée à un public restreint.

Alors en 2003, Korn a-t-il réussi son pari ? Certes, Untouchables est une réussite technique indéniable, à la production parfaite, varié, complexe, acclamé par la critique et les maisons de disques à l'international. Korn est enfin devenu respectable, novateur, loin de l'imagerie adolescente qu'il véhiculait depuis ses débuts. Mais le public boude cet album, dans lequel il ne retrouve pas la hargne du Korn qu'il a découvert il y a de ça dix ans, et qu'il a appris à aimer. A ces fans de la première heure, déroutés par le caractère expérimental du dernier album, le groupe répond quinze mois plus tard par "Take a Look in the Mirror". Ce sixième opus, sorti en novembre 2003, est un véritable contrepoint à Untouchables. Simple, direct, efficace et sans fioritures, il opère un retour aux origines de ce qui a fait la réputation des gars de Bakersfield. Le son est agressif, claquant, reposant bien souvent sur des seuls riffs de guitare magistraux (Did my Time, Alive, ou encore le cultissime Right Now, qui bénéficie au demeurant du clip vidéo le plus dégueulasse de tous les temps. Si vous digérez encore votre repas du réveillon, ne cliquez pas sur le titre...). Néanmoins, le groupe semble lui-même rire jaune de ce retour à un néo-métal bourrin et sans nuances. Le tube Y'all Want a Single, dont le titre se suffit à lui-même, semble envoyer un pied-de-nez à ceux qui réclamaient du brutal (et le chant de Davis, sur ce titre, se montre d'ailleurs plus extrême que jamais). Si la tonalité de l'album rappelle à plus d'un titre Follow the Leader (on retrouve d'ailleurs un énième featuring hip-hop avec l'apparition de Nas sur Play Me), il serait faux de parler de régression, de retour en arrière : Korn y semble plus conscient que jamais de sa démarche, démontre un recul cynique sur ce qu'il a de plus violent (Here it Comes Again, Break Some Off), mais exécute cette violence avec un sens de la maîtrise et de la composition peu commun. Un disque qui ose dire à son public "Ah ouais, vous voulez du violent ? Tenez, mangez vous ça, et étouffez-vous avec !". Un must-have de la carrière du groupe, jouissif et déjanté, qui ravira les fans de la période Follow the Leader/Issues en amusant les autres. Untouchables était un coup de génie : Take a Look in the Mirror fut un coup de maître.

Et après le coup de génie, et le coup de maître, vint le coup dur : Brian "Head" Welch, atteint par ses problèmes de drogue et écœuré par l'exposition permanente de la formation, vit une véritable extase mystique lors de laquelle Jésus en personne lui apparait, lui ordonnant de quitter le groupe et de se racheter par l'action caritative. Et quand c'est Jésus qui demande, on ne refuse pas ; Head s'exile donc en Inde pour une durée indéterminée, laissant la formation la plus stable des années 1990 amputée de l'un de ses membres fondateurs les plus charismatiques. Le théologien avisé pourrait gloser qu'une apparition de Christine B., en lieu et place de Jésus, aurait pu motiver Head à composer une demi-douzaine d'albums en l'espace de deux mois. Mais nous ne referons pas l'histoire.

Affaibli, le groupe décide de conclure son aventure avec Immortal Records par une compilation rétrospective de ses dix premières années d'existence (son Greatest hits à lui, incroyablement bien foutu, agrémenté de deux reprises pour l'occasion : l'excellente Word Up !, reprise indus' du groupe de dance Cameo ; et la bien plus dispensable Another Brick in the Wall des légendaires Pink Floyd. Mais on excusera les californiens, comme n'importe quel autre groupe, de n'être en mesure de reprendre le Floyd. Sérieusement, qui le pourrait ?). Dorénavant signé chez Virgin Records, le groupe surprend une nouvelle fois avec "See You on the Other Side", septième album sorti en décembre 2005. Attendu au tournant après le départ de Head, Korn choisit de surprendre une nouvelle fois son public après Untouchables, avec un retour aux sonorités electro et aux samples numériques. Jon Davis est à nouveau le seul maître à bord, et ça s'entend. Néanmoins, si l'album rappelle Untouchables par certaines sonorités, il apparait néanmoins comme étant moins expérimental et plus accrocheur que ce dernier. Il s'ouvre sur le célèbre Twisted Transistor et son instrumental syncopé et dansant au possible, qui sera popularisé par un clip campé par plusieurs figures du hip-hop américain (Xzibit, Lil' Jon, Snoop Dogg et David Banner). Et si l'album se fait parfois violent, ce n'est que pour mieux souligner par contraste les aspects plus mélodieux de la galette, comme la magnifique "Tearjerker", quasi-exclusivement electro, ou encore les refrains poignants de Coming Undone, révérée par le public, de Politics ou de Throw Me Away. Avec une batterie samplée façon boite à rythmes, un nombre impressionnant de samples et bruitages divers, Korn affirme désormais le virage amorcé avec Untouchables. Et semble bien décidé à persévérer dans cette voie. Au risque de perdre complètement son public.

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Hellband #39 KornHellband #39 Korn
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Décembre 2006. Après une tournée internationale et la sortie d'un album live, "Live & Rare" sorti sur leur ancien label (mettant définitivement un terme à leur contrat), un second coup dur vient frapper la formation : David Silveria décide à son tour de quitter l'aventure, pour se consacrer à sa famille et à d'autres projets personnels. Ayant plusieurs compositions sur le feu pour leur huitième album, Korn fait alors appel à Terry Bozzio, batteur auprès de Frank Zappa et de Billy Idol, pour le remplacer en urgence. Et c'est donc avec ses futs que sort en juillet 2007 "Untitled". Point de sauvagerie et d'animalité dans cet album, ce qui était pressenti dès l'album précédent s'affirme avec cet album : l'utilisation de samples et de machineries numériques est véritablement mise en avant, de même que le virage electro du groupe. Si les ambiances développées au fil de l'album, malsaines et dérangées (marque de fabrique du groupe), sont toujours présentes (Evolution), c'est néanmoins tout en finesse et bénéficiant d'une voix parfaitement maîtrisée et susurrée à l'oreille de l'auditeur que les titres s'enchainent (Starting Over, Ever Be). Ainsi, si le groupe ose plus que jamais sur cet album, en se donnant les moyens d'oser (l'ensemble de cordes faisant des merveilles sur Kiss, le passage expérimental bruitiste sur I Will Protect You...), c'est dans une démarche indéniablement différente du reste de leur discographie qu'ils officient désormais : un virage à 180° dans les musiques électroniques qui n'avait pas été osé depuis les "Themes from William Blake..." d'Ulver, qui avait alors perdu l'intégralité de son public en 1998. Alors oui, Korn ose tout, propose une version aboutie de ce qui n'avait été qu'essayé par touches sur Untouchables et See You on the Other Side ; mais l'affirmation de ce revirement, de la part d'un groupe que son public savait fragilisé, ne rassure pas les fans. A noter que dans le même temps, Head sortira un premier album solo ("Save me from myself"), à l'ambiance mystique et dérangée (qui vaut l'écoute !), bien plus proche du Korn des débuts que le dernier Korn ne le fût lui-même ; ce qui contribua à diviser les fans. Untouchables était un pari risqué, mais un pari gagné. Untitled était un pari risqué.

Et la tournée qui suit l'album n'a rien pour rassurer le public du groupe : amputé de deux de ses membres, la formation semble incomplète, et peine à convaincre sur scène ; d'autant plus que Jon Davis, qui autrefois pouvait porter par son seul charisme l'intégralité de la tension du show, se retrouve fragilisé par sa pathologie : sa voix est affectée, affaiblie, ses gesticulations scéniques s'amenuisent, l'homme semble diminué. Si bien que de nombreuses dates de la tournée seront annulées, et participeront à faire monter la grogne du public contre un groupe qu'il pense fini (ce sera notamment le cas de l'annulation du Hellfest 2007, qui devait voir le groupe y jouer pour la première fois, et qui sera finalement le théâtre de la déception des fans). Munky lui-même décide de ne pas participer à la tournée européenne de 2008, ne sentant pas le groupe capable d'assumer autant de dates sur une même tournée. Et si la même année signe l'accueil de Ray Luzier comme nouveau batteur officiel de la formation, c'est désormais avec trois membres originels de moins que le groupe doit reconquérir son public.

Et qui mieux que Ross Robinson, le producteur qui les avait fait naitre et leur avait mis le pied à l'étrier, pour accomplir au mieux cette noble tâche ? En 2010, près de deux ans d'absence s'étant écoulé, le groupe recommence à faire parler de lui. Jon Davis laisse entendre dans les médias qu'il travaillait sur le prochain Korn, qui serait un véritable retour aux sources. La formation culte était allée trop loin, et elle le savait. Les survêtements Adidas sont ressortis du placard, et fleurent bon la bonne époque pour le fan averti. De même que la première démo sortie en mars 2010, My Time, qui lui met l'eau à la bouche. Et lorsque sort en juillet de la même année "Korn III : Remember who you are", le titre de l'album suffit à rassurer le public. "Korn III", parce que la galette est la troisième produite par le maître Robinson. Une manière d'amorcer la filiation entre le nouvel album et les deux premiers opus. Et de ce point de vue, l'argument est loin d'être marketing : le son de basse est plus présent et percutant que jamais (The Past), les expérimentations électroniques sont temporairement mises de côté, et l'alternance chant clair/saturé de Jon Davis est des plus traditionnelle (Oildale, Move On). Un album qui, sans être novateur, suffit à rassurer les fans de la première heure qui avaient peur d'avoir définitivement perdu son groupe favori.

Korn III, un retour à la raison ? C'est méconnaitre l'ambition du groupe de néo-metal le plus instable de sa génération : moins d'un an plus tard, Korn amorce un énième virage à 180° à travers un featuring avec Skrillex, l'icone dubstep du moment (aussi connu sous le nom de Sonny Moore pour l'anecdote, et ancien chanteur du groupe d'émocore From First to Last). Un feat. dubstep qui deviendra en décembre 2011 un album complet, "The Path of Totality". Et avec cet album, fini les sonorités organiques et animales qui avaient fait la patte du son Korn. L'album ne signe plus un virage à 180°, mais à 540°. Ce qui revient au même, mais qui est néanmoins plus parlant. Les tempi se font rapides, presque techno, l'influence dubstep est omniprésente, la batterie de Luzier est samplée de manière très sèche et couplée à des percussions programmées via ordinateur ; si ben que seule la voix de Jon Davis permet encore de reconnaitre le groupe. Et de ce côté-là, quelle voix ! Si l'album, déçoit de nombreux fans par son aspect inattendu autant qu'incompréhensible, son intérêt majeur (et non son unique intérêt, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit...) provient de la perfection qu'atteint notre vocaliste préféré, plus en forme que jamais. Tout au long de la galette, Davis alterne un chant clair en voix pleine d'un lyrisme nouveau dans sa discographie, avec des grawls extrêmes qui n'avaient plus été entendus depuis "Take a look in the Mirror". Bluffant de maîtrise et d'expressivité, tant qu'il parvient presque, à lui seul, à porter l'album. Mais qui ne convainc ni la critique, qui boude l'album, ni le public, qui le conchie allègrement. Enième pari risqué, énième pari perdu (bien que l'album soit une réussite technique réellement novatrice).

2012 arrivé (et non plongé dans le chaos, n'en déplaise aux mayas), le groupe se demande comment se relever de l'échec commercial et journalistique que fut The Path of Totality. Le quintet n'en est néanmoins pas à son coup d'essai, et à fait de l'une de ses spécialités la renaissance façon phoenix. Take a look in the Mirror avait réussi à convaincre un public devenu sceptique, et le retour aux sources de Korn III avait permis au groupe de redresser la barre. Alors après Ross Robinson, qui rappeler pour empêcher le navire d'échouer ? Head bien sur ! Head et ses dreadlocks plus fournis que jamais qui, revenu de sa crise mystique, réapparait avec le groupe le temps d'un Blind filmé qui fera rapidement le tour de la planète. Après deux dates au Rock am Ring en leur compagnie, le guitariste finit par rejoindre officiellement sa formation d'origine en mai 2013. Un nouvel opus est annoncé, le onzième de la carrière de Korn, qui est annoncé comme tournant le dos à The Path of Totality pour retrouver des sonorités proche d'Issues et d'Untouchables. Et dès l'introduction de "The Paradigm Shift", le dernier opus en date sorti en octobre 2013, on devine que le groupe ne mentait pas : Pray for Me est un condensé de ce qui a fait la magie de Korn, avec ses couplets saccadés et violents, sa basse sautillante mise en avant dans le mix, son refrain accrocheur au possible et les lignes mélodiques dérangeantes de Head habillant le fond sonore. L'accent est mis sur l'instrumental, d'une violence alternant entre un indus' primitif et le néo-metal des débuts du quintet, sans pour autant oublier la performance de Davis dont les cordes vocales sont une fois encore mises à rude épreuve. Une bonne grosse bombe, fourmillant de riffs de guitare et de basse d'une efficacité redoutable, desquels l'invitation au headbanging ne saurait être refusée. Korn était de retour.

Hellband #39 KornHellband #39 Korn
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Alors au final, qu'est ce que la carrière de Korn ? C'est une discographie faite d'aller-retours, s'étalant sur onze albums et plus de vingt ans. C'est une carrière qui démarre sur les chapeaux de roue en 1994, lançant et démocratisant la vague néo-metal avec brio au travers d'une musique brutale et malsaine, sans concession. Une musique qui emprunte à la fusion ses rythmiques dansantes, ses lignes de basse slappées démoniaques ; et à l'indus' la profondeur des lignes de guitare sept-cordes ainsi que la folie haineuse des lignes de chant portées par un vocaliste semblable à aucun autre, toujours à fleur de peau, toujours au bord de la fausse note sans jamais y tomber, que ce soit dans les cleans murmurés comme dans les screams les plus barbares, dans le texte lyrique comme dans le borborygme brutal. Mais Korn, c'est aussi une carrière faite d'expérimentations, tâtonnant du côté de l'electro, des samples numériques, de la new-wave, allant jusqu'à la dubstep parfois, qui cherche sans cesse le renouvellement et la modernité pour mieux faire avancer cette musique qu'elle a si bien su porter et incarner. Alors oui, ces expérimentations ne sont que rarement les bienvenues auprès du public, qui oblige perpétuellement le groupe à revenir à ses premières amours. Mais c'est cette double dynamique, entre un néo brutal et sans concessions d'une part, et un néo expérimental et moderne d'autre part, qui fait que Korn peut trouver son identité et ne ressembler à aucun autre. Et qu'il contribue à faire avancer, lui aussi, l'histoire des musiques extrêmes.

 

C'est ainsi sous la forme d'un retour aux sources que la formation nous revient au Hellfest 2015, avec une setlist qui promet d'être principalement axée sur le premier album (qui fête ses vingt ans) et sur les premiers classiques du groupe. Alors à tous ceux qui ne sont pas encore convaincus, qui continuent à bouder le néo-metal, réécoutez un peu l'introduction de Blind, celle par quoi tout a commencé, sa ride frénétique, cette entrée des guitares, et cette montée en puissance démentielle jusqu'à explosion. Et je sais qu'alors, vous n'aurez plus d'autre choix que d'être des nôtres devant les mainstages... Aaaare youuuu Readyyyy ?!

Hellband #39 Korn
Pays U.S.A.
Année de formation 1992
Distribution Immortal Records, Virgin, Roadrunner Records
Membres

Jonathan Davis (Chant)

Brian "Head" Welch (Guitare)

James "Munky" Shaffer (Guitare)

Reginald "Fieldy" Arvizu (Basse)

Ray Luzier (Batterie)

 

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